Compte-rendu de la soirée-discussion de Pertinence, 23 mai 2016 au Sycomore.

LE CHRISTIANISME DEVANT LA LAÏCITÉ ET LA SÉCULARISATION
QUELLE CONTRIBUTION DU CHRISTIANISME À UNE SOCIÉTÉ PLURALISTE ?

Données et diagnostics. Présentation des thèses 1 à 4 : (Jean-Luc Blondel (JLB) et Pierre Gisel (PG) [Les numéros entre parenthèses désignent les thèses correspondantes].

PG. : (1) Il s'agit de marquer la différence entre laïcité et société civile. La laïcité est faite pour l’État.

4) La sécularisation en signifie pas l'extinction du religieux, preuve en sont les nouveaux mouvements religieux, le religieux diffus et la montée des radicalités religieuses (et politiques).

Remarques et discussion des th. 1-4.

RA : (1) L'expression « montage » juridique sonne négativement. La remplacer par « élaboration » ou « construction » juridique.

JPB : (1) Plutôt que de laïcité, parler de « mode de régulation de la pluralité religieuse ». D'autant plus que le terme de « laïcité » compris à la française est restrictive.

(2) « Qui affecte la société » : plus précisément qui modifie les spécialisations fonctionnelles dans la société, en particulier le statut du religieux ; le religieux continue, ainsi que l'excès du croire. Il n'y a pas pour le religieux une perte de substance, mais d'assise sociale.

(3) Le concept de laïcité est statique, celui de sécularisation, tout différent, est dynamique, diachronique. Plutôt que de laïcité, il vaudrait mieux parler de « laïcisation » : un processus de sécularisation dû à un affrontement entre le politique et le religieux.

DF : (3) Des exemples du débordement de la laïcité sur la société civile ? PG : En France, l'extension de la laïcité sur le civil se marque par des interdits : port du voile, etc. JMTH : un exemple en Suisse : la démolition de croix au sommet des montagnes.

EV : (3) Il s'agit de différencier une laïcité restreinte d'une laïcité qu'on peut appeler ouverte.

JMT : A distinguer de la séparation de l’Église et de l’État, puisqu'aux USA, dans un régime de séparation, il n'y a pas de laïcité.

EJ : (4) La laïcité produit-elle des médiations ?? PG : La modernité suppose une insertion médiatisée des religions dans la société, dont la sécularité est un aspect. Pour le christianisme, il s'agit de savoir ce qu'on veut faire de cette sécularité : en premier lieu, il faut la ratifier !

Propositions. Présentation des thèses 5 à 9 (PG et JLB).

PG : (5) Il est important d'insister sur le fait que le christianisme est pluriel dans son histoire et dans sa synchronie. Il ne présente pas un modèle, mais un « geste », soit une opération mise en œuvre d'une manière chaque fois particulière en fonction des situations. Il n'est que de se souvenir  des paroles ou des actions de Jésus qui ne réalisent pas un programme défini, mais varient s'adaptent en fonction des personnes qu'il rencontre, pour leur ouvrir un avenir. Ce geste de l’Évangile doit être repensé. Il sera différent dans chaque culture particulière.

(6) Le présent est également à penser, afin de se garder de l'homogénéisation induite par les traditions, les institutions de la société ou des Églises. Il s'agit de déchiffrer les signes qu'il nous donne et de faire fructifier comme enrichissantes les différences que nous reconnaissons en lui.

(8) La christologie exprimée dans cette thèse ne prétend pas être complète. Elle rappelle simplement que le christianisme est né de l'action d'une personne historique et s'accomplit dans la rencontre de l'autre.

JLB : (5, 9) La pluralité est quelque chose de difficile, car il s'agit de s'ouvrir à l'autre. La foi en Jésus peut donner une forte motivation pour cette ouverture vers quelqu'un.

Reprises. Thèses 10 à 12.

PG : (10) Le christianisme, une religion qui a réfléchi sur son statut : qu'on se souvienne du « Rendez à César ce qui est à César… ou du dialogue de Jésus avec Pilate (Jean 18). Le christianisme a dès le début conscience d'avoir un statut qui est d'un autre ordre que le politique.

(11) La sécularité du monde dont il est question dans cette thèse ne doit pas être exagérée au point de la couper de Dieu et de la foi.

(12) Les avis sont très partagés concernant le sens de l'instance du religieux : il s'agit de réfléchir à sa spécificité.

Discussion générale.

Dr.B : Les thèses présentes ont été formulées par un cerveau gauche. Les contemporains attendent des propositions concernant la solidarité, le bien commun… des éléments tangibles de leur existence. Nous avons des responsabilités à l'égard de la crise de la société, du vide de sens qu'éprouvent beacuoup de gens. En particulier, c'est le dialogue entre le christianisme et les sciences qui permettra de résoudre bien des problèmes psychologiques et sociaux.

VR : Promouvoir plutôt des choses simples à proposer aux gens et à mettre en œuvre.

EJ : Quel est le critère par lequel le christianisme peut juger ou avoir une action dans la société ? Comment Jésus est-il un critère, selon quelle articulation ?

MP : S'ouvrir à l'autre n'est pas un idéal uniquement chrétien. « La foi de Jésus nous rapproche, la foi en Jésus nous sépare ! »

 JPB : L'intitulé des thèses devrait être corrigé : « Le christianisme « dans » la laïcité et la sécularisation », plutôt que « devant ».

JMT : (5,8) Les concepts de geste ou de suivance ont quelque chose de trop unitaire. Il s'agirait de trouver un concept plus ouvert, conformément aux narrations plurielles et aux divers genres littéraires qui figurent dans la Bible.

(7) Quant à l'identité, selon Ricoeur, elle n'est pas close, mais se renouvelle constamment au gré des interactions.

OP : S'enrichir de l'autre… mais l'autre n'est pas seulement une personne physique, nous avons beaucoup à traiter avec des personnes morales : Monsanto, avec lequel il est plus difficile de s'enrichir l'esprit…

MP : Il n'y a pas assez de sentiment d'urgence dans ces thèses. Car nous devons réussir la pluralité, aujourd'hui,comme après la Réforme. Le christianisme a des arguments à faire valoir. Cf. Hannah Arendt : « La pluralité est la loi du monde ! » Ricoeur écrivait que « dès Babel, l'humanité est dispersée. Mais cette situation est positive, et il ne s'agit pas de revenir à un langage unique.

DR : Au niveau du vécu, au politique, on n'observe pas de perte de dialogue avec le chrétiens. Et quelque chose, « Jésus », lie entre eux les chrétiens, malgré leurs différences.

PG : (8) Il ne s'agit pas de se replier sur des critères humanistes ou d'opposer Jésus et l'humanisme. Il est nécessaire d'avoir des critères, mais il n'y a pas un critère passe-partout, d'énoncé positif et d'usage facile permettant de tout trancher. Les critères sont différents en fonction des problèmes rencontrés.

Foi de Jésus ou foi en Jésus ? Ma préférence va pour foi en Dieu au nom de Jésus.

JLB : Je crois en la fonction thérapeutique du dialogue en lui-même. Et il y a quelque chose qui nous fait être ensemble : la souffrance.

 

René Blanchet, 24 mai 2016.

Prochaine rencontre : 5 octobre 2016, au Sycomore.

Horaire à préciser.